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Oeuvres

Samedi 4 décembre 1983.  Paris gronde  ? Non Paris s’étonne et murmure : La première « Marche des Beurs pour l’Egalité » déferle sur les boulevards.  Ils sont près d’un millions. Ce jour là,  la famille Slimani s’est emparée de la page « Evénement » du quotidien Libération. C’est sa première apparition officielle. Rien alors ne laisse  supposer que l’épisode « CHEZ LES SLIMANI» sera le premier d’une saga  qui aura pour toile de fond Toulon, Paris, l’Algérie et même l’Arménie.

Il faut attendre l’album « LE GOURBI », chez « Futuropolis » en 1985, dans la collection « Hic et Nunk », dirigée par Etienne Robial, pour revoir la famille Slimani telle que nous la connaissons. C’est aussi l’année où le Front National grimpe, où Sos Racisme lance le slogan « Touche pas à mon pote ».
Dans cet album, les Slimani reçoivent leur neveu et cousin, Nourredine , dans leur petit appartement de Belleville. Il est à la recherche de sa sœur Nadia. « LE GOURBI » est nominé au Festival d’Angoulême la même année

C’est par petites touches et comme une évidence que les  silhouettes des Slimani  prennent possession de la page encore presque blanche. Tout commence  avec « ABDULAH » en 1978 et « L’OUD », en avril 1983. « ABDULAH », personnage énigmatique découvrant le racisme, est  publié d’abord  en strips, dans le magazine « Circus ». L’immigration est encore un sujet tabou, comme la guerre d’Algérie. Personne encore ne parle des beurs.
Une première histoire, « LES SOIREES D’ABDULAH » paraît en 1979, dans « Charlie mensuel », aux éditions du « Square »,  suivie par « RATONNADE » A cette même époque, Wolinski dit à l’auteur « Dans l’univers le plus noir, il faut toujours garder un élément positif ».  La suite montrera que Farid Boudjellal ne s’est pas contenté de méditer cette phrase »  « LES SOIREES d’ABDULAH » sera publié en 1986, aux éditions « Futuropolis »  dans la collection « X ».

Avec « L’OUD », paru chez « Futuropolis », dans la collection « Maraccas » dirigée par Etienne Robial, .se précise les  contours de l’univers des Slimani. Mais c’est encore le personnage de Nourredine qui est au cœur de l’histoire. Nourredine, un beur de la première génération, entre nostalgie et débrouille. Le premier chapitre de « L’OUD » avait déjà  été prépublié dans « Charlie mensuel » en 1981. « L’OUD » est réédité », chez « Futuropolis » dans la collection « Hic et Nunk », quand sort « LE GOURBI ».

.En Avril 1987, début de la crise économique et premières grandes vagues de licenciements. Le mensuel « Métal Hurlant » publie dans le n° 130, un épisode inédit. dans lequel Mahmoud,, le fils polio, découvre l’ANPE. On retrouvera cet épisode plus tard, dans l’album « GAG A L’HARISSA ».

L’année  1988 est riche en événements, avec la mort de Malik Oussekine, les lycéens dans la rue. C’est le moment de réunir touts les membres de la famille Slimani . Dans l’album « RAMADAN », la narration est construite autour de vingt personnages, pas moins. Un challenge récompensé par les prix « Résistance » au festival d’Angoulême, et  « Grelot d’or de la découverte » au festival de Sierre en Suisse.
L’intégrale de « L’OUD », « LE GOURBI » et « RAMADAN » paraîtra en mai 1996, aux éditions Soleil, enrichit des « SOIREES D’ABDULAH ».

Les Slimani « se lâchent », et font « La Fête », dans le collectif « Frank Margerin présente » sur le  thème de la convivialité, avec un épisode inédit « L’AÏD EL KEBIR ». Dans cet album, en version cartonnée et en version brochée, édité par « Les Humanoïdes associés », collection « Humour », figurent aussi Charlie Schlingo, Margerin, Vuillemin…  et une première parution de « Monsieur Jean » de Dupuy et Berberian.
En Octobre 1989, dans un nouveau collectif consacré au  thème de la « Télé », paraît une histoire qui se déroule en Algérie, cette fois.
« l’AÏD EL KEBIR » sera réutilisé en 1990, pour un sitcom,  sous le nom de  « La Famille Ramdam », diffusé sur  M6. « La Famille Ramdam » fera l’objet de vingt trois épisodes. Seront adaptés notamment, « NOËL » et « RAMADAN ».

En avril 1989, « GAG A L’HARISSA », vient nous chatouiller les papilles. Les  Slimani font  preuve une fois de plus de leur  belle vitalité. Salima, la mère, décide d’obtenir une pension de handicapé pour son fils Mahmoud, pendant que ce dernier tente d’échapper au Ramadan… L’album paraît en noir et blanc aux « Humanoïdes associés  dans la collection « Humour ».

De 1993 à 1994, toute la tribu part à la conquête du Pays des matins calmes. Les Japonais l’adopte sous le nom de « La famille arabe ». Sept épisodes se succèdent dans la revue Morning, tirée à un millions et demi d’exemplaires, et éditée par l’éditeur de manga Kodansha. A lire de droite à gauche.

Avec « JAMBON-BEUR », édité par « Soleil », en septembre 1995, c’est la mixité qui entre dans la famille Slimani, en même temps que René le mari sénégalais de Djamila et leurs jumeaux décliné en noir et blanc, Badia-Charlotte, la fille de Patricia, la gauloise, et de  Mahmoud.
« JAMBON-BEUR » est récompensé par le prix du « Meilleur album» au festival d’Hyères.

« PETIT POLIO », c’est  Mahmoud à six ans. On est en 1958 et la guerre d’Algérie occupe tous les esprits. Sacha Distel chante « scoubidou bidou », le hula-hoop fait fureur sur les plages. A Toulon, les odeurs marines se mêlent à celles des cades et des chichi-freggis, des marins du bout du monde chaloupent dans les rues étroites de la ville basse vers des amours tarifées. Flash back !
L’album, le premier d’une trilogie, paraît en septembre 1998 chez « Soleil » et reçoit le « Prix Oecumenique de la Bande dessinée » au festival d’Angoulême.

Dans « PETIT POLIO – Tome 2 », publié en octobre 1999, chez « Soleil », Mahmoud a huit ans. Les ombres des cercueils rapatriés d’Algérie assombrissent les rives de la Méditerranée. Il porte maintenant son regard curieux et tendre sur deux mondes qui se déchirent.

Chez les Slimani , chercher la grand-mère ! Et vous la trouverez… de la manière la plus inattendue : le jour où « MEME D’ARMENIE » débarque au domicile familiale. Une grand-mère chrétienne. Il y a de quoi se mélanger les  racines ! Un album dont la réalisation a nécessité deux années de réflexions douloureuses. Des années nécessaires pour que la grand-mère et Mahmoud tentent d’ effacer ensemble les cicatrices d’un génocides et d’une guerre.
« MEME D’ARMENIE »  a été nominé pour le « Prix de la critique Bandes Bandes dessinée » à Angoulême en 2002, l’album a reçu le « Prix de la meilleures Bande dessinée citoyenne » du Conseil Régional à Blois, le « Prix du meilleur album de la bande dessinée » du festival du livre de Limoges,  le « Prix œcuménique » du festival d’Angoulême pour la série, le prix « Soleil d’or  du meilleur scénario » au festival de Soliès.

FIN  des aventures de la famille Slimani ? Impossible, tant que Salima et son  rire, Abdel et son courage, Mahmoud et son humour, Marie Caramanian  et ses peurs, Nourredine et sa tendresse, Badia-Charlotte et ses étonnements, Djamila et sa beauté, … seront là pour raconter et tourner sous nos yeux ces pages importantes de l’histoire de France.

Texte de Martine Lagardette