Biographie

Farid Boudjellal est né le 12 mars 1953 à Toulon. Comptable de formation, Farid renonce vite à cette profession pour se lancer dans la bande dessinée.

Portrait de Farid Boudjellal par Tibet

Après quelques essais dans la SF et l’humour, il crée en 1978, le personnage d' »ABDULAH » dans lequel il retrouve ses origines algériennes. La parution de « L’Oud » chez Futuropolis en 1982 marque un tournant important dans sa carrière. Cet album, qui paraît au moment du grand boum médiatique des beurs, connaît un grand succès. En 1990, sort chez Soleil Productions, le premier tome de la série « Juif-Arabe ». Cette série remportera elle aussi un vif succès auprès du public et de la presse : Prix Actualité 91 pour le tome 3 « Conférence Internationale » au festival BD des villes de Hyères et de Brignais.

 

Farid, malheureusement visionnaire, est au coeur de l’actualité française et internationale : parution des « Intégristes » avant les événements de Carpentras et celle de « Conférence Internationale » avant la Conférence de Paix de Madrid. Ayant aussi des origines arméniennes, l’auteur partage dans ses albums le malheur de tous ceux qui ont subi un génocide. Outre sa production BD, Farid est également affichiste et illustrateur publicitaire, participant à tous les mouvements anti-raciste en France (Campagne France + : « Demain je serai Président »).

 

 

« TONY C’EST OUN’ SALAUD ! »*Si vous pensez que l’ascension des éditions « Soleil » depuis 18 ans déjà est le produit de l’intelligence et de l’extraordinaire énergie de son créateur Mourad Boudjellal, vous êtes dans l’erreur.  Je suis bien placé pour en parler, notre première rencontre a eu lieu le lendemain de sa naissance. Je vous en épargnerais le récit. Vous me situez maintenant ? Je suis son aîné de sept ans, le frère handicapé. Celui qui n’a pas hésité à rentabiliser sa polio. Loin de moi l’idée de dénier tout mérite à mon cadet. Personne n’ignore sa passion pour la bande dessinée et son génie éditorial. Mais son désir d’entreprendre, qui n’est pas forcément donné à tout le monde, cette petite flamme du début, savez-vous qui l’a allumée ? Et bien, c’est mon orthopédiste. Celui de l’époque de ma première chaussure en béton armé.Cet homme de l’art me conseilla avec pertinence d’exercer une profession assise. Je m’exécutais. Vous n’êtes pas sans savoir que les auteurs de bandes dessinées passent plus de temps dans cette position que le moindre des ronds de cuir. Même dessinant comme des pieds,ils n’ont que faire de leurs jambes. Le bon sens appelant le bon sens, avant d’apprendre à dessiner, il me parut sage de trouver d’abord un éditeur. Mon orthopédiste, encore lui, me fit remarquer que Mourad et moi, nous partagions la même chambre et qu’il était inutile par conséquent de chercher loin ce que j’avais sous la main. Comment une telle évidence avait-elle pu m’échapper ? C’est ainsi que pendant des années, toutes les nuits, j’ai chuchoté inlassablement à l’oreille de Mourad , pendant son sommeil : « Ton frère handicapé tu éditeras ! Ton frère handicapé tu éditeras ! Ton frère handicapé tu éditeras !… »Mon orthopédiste, toujours lui, me déconseilla de forcer la cadence. J’entendis ses appels à la raison et modérais mon enthousiasme, ce qui ne fut pas sans conséquence et Mourad dut se résoudre à publier d’autres auteurs. Certains aujourd’hui vendent en un an ce que je ne vendrais pas en cent vies. Les ingrats ! Ils ne m’ont même jamais offert un verre et les affiches de leurs best-sellers, me poursuivent jusque dans ma rue …  et toujours ce flash-back : « J’ai 17 ans. Je dévale une pente interminable sur un vélo sans freins. Mourad est assis sur lesiège arrière et s’agrippe à moi. Posée sur le cadre de la bicyclette, coincée entre mes jambes :une vieille valise pleine à craquer de pockets de gare, des Kiwi, des Zembla, des Rodéo, des Ombrax… Le mistral nous souffle à la gueule,  nous fonçons en direction des puces de Toulon squatter un bout du stand de notre mémé d’Arménie… sur l’air de Perles de cristal ».

 

*Inutile de chercher à comprendre ce titre, c’est un private joke entre Mourad et moi
Photo Laurent Melikian